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Congo : Sape et Sapologie

Par Jean-Marc ZYTTHA-ALLONY

Depuis des lustres, la passion pour les vêtements est liée aux Congolais. J’ai encore en mémoire les festivités du 14 juillet, lesquelles avaient perduré des années après l’indépendance du Congo. C’était toujours une occasion de « Sape », hormis les dimanches à l’église, les retraits de deuil, les anniversaires, etc.

Les parents nous habillaient ; et cet acte précieusement répété a dû avoir agi comme un transfert de mentalité : un esthétisme qu’on pourrait aujourd’hui nous reprocher comme une vanité identitaire.

Aussi, au-delà de toute vulgarité, la « Sape » n’est nullement un sujet superficiel, tant certaines manifestations ou attitudes au Congo interrogent notre rapport à la mode, du moins à l’élégance.

Il est possible, qu’au regard des supports visuels divers ayant glosé sur le phénomène de la « Sape », qu’on soit amené à reconnaître que les meilleurs ne soient toujours pas là, ce qui malheureusement dépeint sur une communauté autrement de qualité, rassurons-nous.

Ils sont évidemment bien nombreux ceux pour qui la « Sape » est un art consommé ; un art qui évoque un style ou un mode de vie et vous disent que ce n’est pas que dégaine.

Qu’est-ce que donc la Sapologie ? Certainement pas un discours sur la Sape, à en croire le suffixe de ce vocable nouveau. La fantaisie étant la seule limite à la créativité, la Sapologie qui découlerait de la Sape dont le domaine de l’art ou de la récréation n’autoriserait-elle pas cette terminologie pour l’artiste qu’il y a eu soubassement dans sa passion pour la mode ? Une approche qui s’apparente au culte du BEAU ? Ce qui impose que ce soit ordonné, ordonnancé ou tout simplement harmonieux.

Loin de toute superficialité présupposée, on est en face d’un phénomène revendicatif par les côtés, avec cette prise de pouvoir dans la rue, dont les Sapologues – si tenté qu’on peut employer cet adjectif – sont les monarques ! Toute une marginalité sociale et esthétique qui participe d’une subversion douce et ironique.

Malgré tout, ce sont des dandies, avec leur problématique existentielle. Ils sont là. Ils le disent ; ça doit se voir et se savoir…

Nous assistons depuis fort peu à la culturisation d’un mouvement qui timidement tend à prôner un dandysme militant, dont l’objectif serait d’éveiller les consciences sur le monde, sa marche et sa gouvernance. Le Sapeur n’étant par essence pas mauvais, la Sape aura eu pour nos jeunes Etats à bâtir avec tous les pseudos problèmes de régionalisme et de tribalisme, un impact de sociabilité et de civilité. Lien et lieu tribal autour du « Chiffon » induisant une fraternité palpable.

Vivement que la pratique de la Sape ne soit pas béatement érigée en projet de vie ! Elle doit au contraire amener à construire des choses, à entreprendre…

En somme, Sapeur pour rêver sa vie en se donnant les moyens de vivre ses rêves.

La Sape, de Brazza à Kinshasa

Quiconque a été au Congo, notamment à Brazzaville a pu voir cette fresque qu’offre l’avenue Matsoua, dans le quartier de Bacongo. Une artère qui est occasionnellement une scène où se croisent et s’entrecroisent des Sapeurs de 7 à 77 ans.

Ce qui n’enlève en rien à l’engouement pour le « Chiffon » à Poto-Poto et à Pointe-Noire. C’est une faiblesse nationale, cela va sans dire…

Les jeunes générations semblent avoir pris le pas sur les anciennes, pour une passion qui leur est venue des Colons, et dont ils ont hérité les codes vestimentaires. Une appropriation qui les distingue un tant soit peu d’autres Africains à ce sujet.

Il est bien entendu que lorsque nous disons Congo, nous sommes tentés de l’écrire avec un « K » pour désigner les deux Congo réunis ; les deux peuples étant faits du même bois. Ceci nous rappelle les temps lointains où Léopoldville, cité ouvrière, accueillait des...

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La Sapologie n’est pas la Sape

La scène se passe au Marché Total, dans le deuxième arrondissement de Brazzaville. Des enfants, des jeunes et des adultes s’amassent autour d’un écran de télévision, moyennant une pièce de monnaie. Ils visionnent un DVD sur « La Sapologie » : des Congolais de France y défilent, exhibant leurs vêtements, tout en débitant des commentaires parfois flous.

Le Congo-Brazzaville et l’élégance ont une vieille histoire commune ; c’est une image intemporelle que de voir, un dimanche, les sapeurs dandiner dans l’une des artères les plus célèbres de la capitale, l’Avenue Matsoua. C’est qu’ici on est d’abord « Sapeur » avant d’être musicien, footballeur ou homme politique. Le premier ministre lui-même, Isidore Mvouba, organise chaque été une fête en l’honneur des Sapeurs venus de France. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Alain Akouala, lui, s’est autoproclamé « sapologue » ; il ne rate pas une manifestation de « La Sapologie ».

Jusque-là, rien d’anormal. Chacun a le droit de faire ce qu’il veut. Mais là où le bât blesse, c’est que « La Sapologie » n’est pas « La Sape ». Bien au contraire, c’est une déviation, une caricature... Ce néologisme fallacieux qu’est « La Sapologie » dérape en effet vers une dictature de l’expression gestuelle. Pis, à cette belle outrance s’ajoutent les fautes de goût. Dans ces DVD, on voit des couleurs inimaginables, le jaune vif mélangé au noir ou au violet, le rouge mélangé au mauve, etc. L’un de ces « sapologues » s’est même surnommé « l’Anglais aux couleurs éclatées ». Une absurdité. Une contradiction dans les termes. Car « La Sape » tire l’une de ses magnifiques sources dans le classicisme anglais et le sapeur y tient. A vrai dire, « La Sapologie » est une transgression nauséabonde ; "La Sape" une tradition agréable. En son temps, André Gide mit en garde ses contemporains contre les déréglementations littéraires. Oui, dans tout art il y a des règles à respecter. Or « La Sapologie » bafoue celles de « La Sape », la vidant de son essence...

« La Sape » est une philosophie

Plus qu’une manière d’être, un snobisme débridé, « La Sape » est par-dessus tout une philosophie. Et, comme celle de l’Antiquité – la meilleure d’ailleurs –, elle consiste à créer une doctrine tout en étant l’incarnation. « La Sape » n’est pas qu’une simple transfiguration du corps en œuvre d’art, elle est une perpétuelle quête de soi. L’identité interroge « La Sape » : Qui suis-je ? En répondant à cette grande question, « La Sape » est le commencement de la merveilleuse guerre pour « l’amitié que chacun se doit ». Toujours pour citer Montaigne, « c’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être... Notre grand et glorieux chef-d’oeuvre c’est de vivre à propos. Toutes autres choses, régner, thésauriser, bâtir, n’en sont qu’appendicules et adminicules pour le plus. »

« La Sape » est une affirmation de la singularité, c’est-à-dire un moyen de s’aimer et de se respecter, sans sombrer dans la perversion de « l’amour-propre ». Oui, un Sapeur est un socratique doublé d’un épicurien. Tandis que le Sapologue croit tout savoir, le Sapeur, lui, « sait qu’il ne sait pas », alors il continue de rechercher la vérité dans la sobriété du plaisir. Mieux encore, le Sapeur est un Saint Paul sur la route de Damas. Il donne un sens à sa vie par cet éternel besoin de se découvrir. « La Sape » le transcende. En réalité, le Sapologue s’habille ; le Sapeur se vêt. Voilà !

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Le marché de la drogue comme institution

A lire sur lemonde.fr, un très intéressant article de Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou, qui ont publié il y a quelques temps J'étais un chef de gang aux éditions La Découverte, sur le marché de la drogue dans les banlieues françaises. Le propos peut se résumer de façon relativement simple : le vrai problème ne se situe pas du côté des banlieues, mais dans un marché de la drogue beaucoup plus large.



Contrairement aux idées reçues, les petits vendeurs ne roulent pas sur l'or. Ils ne gagnent souvent pas beaucoup plus qu'un smic mais, dans un contexte où l'accès à un emploi leur est fermé, ils ont ainsi accès à un marché du travail, certes informel, où ils ont l'impression "d'être à leur compte". Ce revenu leur permet d'accéder à la société de consommation, voire parfois de partager l'achat d'une voiture. [...]

Tout cela constitue une économie parallèle bien réelle, qui s'autorégule. Mais ce n'est pas dans les quartiers populaires et encore moins auprès des "bandes" de jeunes qu'il faut chercher l'organisation de trafics mafieux. Ces jeunes ne sont que les derniers échelons d'un marché international et, comme ceux des quartiers bourgeois, ils en sont d'abord les victimes.

L'économie souterraine n'est souvent abordée, dans la presse ou dans le monde politique, que par ses extrémités : soit les producteurs, dont on aimera montrer l'image du paysan afghan/latino au milieu de son champ de pavot, soit les revendeurs, le petit dealeur ou le revendeur de quartier. Cela témoigne, en quelque sorte, du fait que la représentation d'un marché est encore très attaché à la construction théorique de l'économie standard, c'est-à-dire comme une pure rencontre de l'offre et de la demande. Entre les deux : rien ou pas grand chose, peut-être juste des "mules" qui transportent la drogue.

On en oublie trop facilement tous les intermédiaires et soutiens qui sont nécessaires à l'organisation et au fonctionnement de ce marché. Comme tout marché, il s'agit d'abord d'une institution qui a besoin d'être socialement construite. Certes l'institutionnalisation de ce marché n'est pas, comme c'est le plus souvent le cas, le fait de l'Etat. Mais il n'en reste pas moins qu'il faut une force "régulatrice", capable d'imposer des règles du jeu aux différents acteurs. C'est ce que font les mafias diverses et variées. En décrivant la "restructuration locale du marché des stupéfiants" dans un nombre marginal de villes de la banlieue parisienne, Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou nous permettent d'approcher un mode d'institutionnalisation sous la forme de "fours" :

Ils créent alors des "fours" : ils prennent possession d'un escalier, en général dans un immeuble d'habitat social. L'escalier est bloqué par un jeune cagoulé avec barre de fer. Un ou deux autres s'y installent pour vendre.

A l'extérieur, des guetteurs surveillent avec des talkies-walkies. Les équipes se relaient : le four est ouvert jusqu'à 22 heures la semaine et minuit le week-end. La drogue est cachée à proximité du four, la préparation se fait dans les appartements. L'activité règne du matin au soir, de la livraison à la préparation puis à la vente. Elle est connue des habitants, réduits au silence par la menace et l'intimidation.

Ces fours rapportent entre 6 000 et 10 000 euros par jour. Les propriétaires des fours recrutent des dealers indépendants, pour un "salaire" quotidien de 50 euros environ. C'est d'abord par la qualité de leur marchandise qu'ils s'imposent sur le marché, recourant si nécessaire à la violence pour maintenir l'exclusivité. Dans tous les cas, ils ont besoin, eux aussi, pour leur activité de calme et d'anonymat, loin des embrouilles de quelques groupes de jeunes qui appellent l'attention médiatique.

Si cette restructuration est bien à l'oeuvre, il est possible de...

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Détails : Code des personnes, peine de mort, homosexualité : Le grand choc des civilisations
Code des personnes, peine de mort, homosexualité : Le grand choc des civilisations

Les récents événements liés au nouveau code des personnes et de famille sont le signe manifeste d’un profond choc culturel. Après le vote par les députés du nouveau code, le Haut conseil islamique est monté au créneau. En fait cette défiance de l’Assemblée nationale n’est rien d’autre qu’une remise en cause des actions gouvernementales, mais surtout de celle des représentants, des partenaires techniques et financières : les bailleurs de fonds. Nul n’ignore que, pour financer nos projets et programmes de développement l’Union européenne à ses conditionnalités. Parmi celles-ci, on relève, concernant le 10e Fed, l’abolition de la peine de mort, l’abolition de l’excision, le nouveau code des personnes et de la famille et la reconnaissance des associations d’homosexuels.
Malgré tout le Mali reste un exemple patent de civilisation enracinée dans une religion pratiquée par plus de 90 % de la population. Les réactions consécutives au vote du nouveau code des personnes et de la famille l’illustrent très bien.
Le phénomène est récurrent puisqu’avant le vote de ce code, il y a eu les problèmes de l’abolition de la peine de mort et du «Congrès des homosexuels». L’organisation du meeting dimanche dernier, par le Haut Conseil islamique, n’est ni le fruit du hasard ni celui des circonstances. C’était presque une nécessité pour éviter le pire. La goutte d’eau a failli déborder le vase.
C’est l’expression de la manifestation d’un mécontentement populaire que le Haut Conseil islamique a su décrypter au moment opportun. Il a fallu évidement agir avec beaucoup de «diplomatie» pour empêcher les débordements souvent constatés en pareils cas. Il faut, aussi, ménager les partenaires techniques et financiers. En somme, à travers l’Assemblée nationale visée par la foule présente au meeting de dimanche dernier à la grande mosquée de Bamako, il fallait voir plus loin. C’est assurément difficile de défier les PTF qui détiennent le cordon de la bourse, dans un pays contraint de programmer ses perspectives de développement avec eux. Comment conjuguer ces deux tendances ? C’est à cela que s’est exercé, dimanche dernier, Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil islamique. Au demeurant, cette situation n’est pas du tout nouvelle. Elle demeure une constante inscrite dans notre histoire et notre culture. A titre de rappel, il faut citer le Cheikh Hamaoullah de Nioro du Sahel que les colons n’avaient pas compris. L’attitude du guide spirituel était-elle religieuse ou révolutionnaire? se demandaient les colons. Ils ont fini par le considérer comme une personnalité hostile à leurs valeurs de civilisation. Ils l’ont assimilé à un «révolté» qui menait ses actions dans un cadre secret. Très proche de nous, au Sénégal le Cheikh Ahmad Bamba aussi fut déporté dans la forêt dense du Gabon.
La liste n’est pas exhaustive. La confrontation s’inscrit dans la durée. La méfiance et l’incompréhension des deux camps finit par la tension. En fait l’Union européenne est convaincue que pour parfaire la démocratie des pays africains, il faut les emmener au changement de mentalité. La perception d’une attitude jugée «féodale» par les PTF., les amène à la décision de faire suivre leurs financements par des changements les comportements. Après tout, ils sont les bailleurs de fonds, ceux qui financent nos projets et programmes de développement. Dès l’instant qu’ils veulent nous assimiler aux populations vivant sous leurs cieux, ils estimeront que le financement de nos infrastructures dont s’accompagner du changement de nos valeurs sociales. C’est là que le bât blesse. Les pesanteurs de ces secteurs, ont révélé, à travers le temps, qu’il est difficile de soulever des fondements socioculturels et religieux qui défient tout être humain. En effet, à ce stade, on dépasse le cadre humain pour évoluer vers...

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Observatoire des inégalités

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